J.Krishnamurti « Cessation de la pensée »

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C’est la vérité qui libère, et non l’effort pour se libérer krishnamurti

C’était un érudit très versé dans la littérature ancienne, et il avait coutume de faire
des citations pour appuyer ses dires. On pouvait se demander s’il avait vraiment des
pensées à lui, qui ne fussent pas sorties des livres. Certes, il n’y a pas de pensée indé –
pendante ; toute pensée est dépendante, conditionnée. La pensée est l’expression par
le langage des influences. Penser, c’est être dépendant ; la pensée ne peut jamais être
libre. Mais cet homme ne s’intéressait qu’à la culture ; il était encombré de connais-
sances, et il en faisait étalage. Il commença par s’exprimer en sanscrit, et fut très sur-
pris et même choqué que le sanscrit ne fût pas du tout entendu. Il pouvait à peine le
croire. « Ce que vous dites dans toutes les réunions prouve que vous avez lu beaucoup
d’ouvrages sanscrits, ou que vous en avez étudié les traductions avec certains des
grands maîtres », dit-il. Quand ¡1 découvrit qu’il n’en était rien et qu’il n’y avait eu au-
cune lecture d’ouvrages religieux, philosophiques ou psychologiques, il n’en croyait
pas ses oreilles.

Il est curieux de voir l’importance que nous donnons aux mots imprimés, aux soi-
disant livres sacrés. Les clercs, comme les laïcs, sont des phonographes ; ils se
contentent de répéter, même si les textes ont été souvent changés. Ce qui les inté-
resse, c’est le savoir, les connaissances, et non la perception directe. La culture, le sa –
voir, empêche la perception directe. Mais le savoir est un havre sûr, la chasse gardée
de l’élite ; et comme les ignorants sont impressionnés par le savoir, le savant est res-
pecté et honoré. Le savoir est un vice, un penchant comme la boisson ; le savoir ne
conduit pas à la compréhension. On peut enseigner le savoir, mais pas la sagesse ; il
faut être délivré du savoir pour que vienne la sagesse. Le savoir ne permet pas d’ache-
ter la sagesse ; mais l’homme qui est entré dans le refuge du savoir ne s’aventure plus
au dehors, car le mot nourrit sa pensée et penser le réconforte. Penser est un obstacle
à la perception directe ; et il n’y a pas de sagesse sans perception directe. Le savoir,
l’idée, la croyance, fait obstacle à la sagesse.

Un esprit absorbé n’est pas libre, spontané, et ce n’est que dans la spontanéité
qu’il peut y avoir découverte. Un esprit absorbé est enfermé en soi-même ; il est inap-
prochable, invulnérable, et c’est là que réside sa sécurité. La pensée, de par sa struc –
ture même, isole le moi ; rien ne peut la rendre vulnérable. La pensée ne peut pas être
spontanée, elle ne peut jamais être libre. La pensée est la continuation du passé, et ce
qui continue ne peut être libre. Il n’y a liberté que dans la cessation.
Un esprit absorbé crée ce à quoi il travaille. Cela peut donner char à bœufs ou un
avion à réaction. Nous pouvons penser que nous sommes stupides, et nous sommes
stupides. Nous pouvons penser que nous sommes Dieu, et nous sommes notre propre
conception: « Je suis Cela. »

« — Mais il est certainement préférable de s’occuper des choses de Dieu plutôt que
des choses du monde, n’est-ce pas? »

Ce que nous pensons, nous le sommes ; mais c’est la compréhension du processus
de la pensée qui est importante, et non ce à quoi nous pensons. Peu importe que nous
pensions à Dieu ou à la boisson ; chacune de ces pensées a ses effets particuliers, mais
dans un cas comme dans l’autre l’esprit est occupé par sa propre projection. Les
idées, les idéaux, les objectifs, etc., sont toutes des projections ou des extensions de la
pensée. Être occupé de ses propres projections, à quelque niveau que ce soit, c’est
s’adorer soi-même. Le Soi avec un S majuscule est encore une projection de la pensée.

Quelle que soit la chose qui occupe l’esprit, il est cette chose ; et ce qu’il est n’est rien
d’autre que la pensée. Aussi est-il important de comprendre le processus de la pensée.
La pensée est une réponse à une provocation, n’est-ce pas? Sans la provocation, il
n’y a pas de pensée. Le processus de la provocation et de la réponse est l’expérience ;
et l’expérience traduite en termes de langage est la pensée. L’expérience n’est pas
seulement du passé, mais aussi du passé conjointement avec le présent ; elle est le
conscient aussi bien que le caché. Ce résidu de l’expérience est la mémoire, l’influence
; et la réponse de la mémoire, du passé, est la pensée.

« — Mais la pensée n’est-elle que cela? N’y a-t-il pas dans la pensée des éléments
plus profonds que de simples réponses de la mémoire? »

La pensée peut se placer et se place en effet à des niveaux différents, le stupide et
le profond, le noble et le grossier ; mais c’est toujours la pensée, n’est-ce pas? Le Dieu
de la pensée est toujours de l’esprit, du mot. La pensée de Dieu n’est pas Dieu, elle
n’est qu’une réponse de la mémoire. La mémoire vit longtemps, aussi peut-elle avoir
l’apparence de la profondeur ; mais de par sa structure même elle ne peut jamais être
profonde. La mémoire peut être cachée, mais cela ne signifie pas qu’elle est profonde.
La pensée ne peut jamais être profonde, ou rien d’autre que ce qui est. La pensée peut
s’attribuer une plus grande valeur, mais elle reste toujours la pensée. Lorsque l’esprit
est occupe par sa propre projection, il n’est pas allé au-delà de la pensée, il a seule –
ment joué un nouveau rôle, pris une nouvelle attitude ; sous le fard, c’est toujours la
pensée.

« — Mais comment peut-on aller au-delà de la pensée? »

La question n’est pas là. On ne peut pas aller au-delà de la pensée, car le « on »,
celui qui fait un effort, est le résultat de la pensée. En dévoilant le processus de la
pensée, par la connaissance de soi, la vérité de ce qui est met fin au processus de la
pensée. La vérité de ce qui est ne peut pas se découvrir dans les livres, anciens ou mo-
dernes. Ce qu’on y trouve, c’est le mot, mais non la vérité.

« — Alors comment peut-on trouver la vérité? »

On ne peut pas la trouver. L’effort pour trouver la vérité engendre une idée, une
fin qui est une projection de soi ; et cette fin n’est pas la vérité. Un résultat n’est pas la
vérité ; le résultat est la continuation de la pensée, prolongée ou projetée. Ce n’est que
lorsque la pensée cesse qu’il y a la vérité. La discipline, l’effort, toutes les formes de la
résistance ne peuvent mettre fin à la pensée. C’est en écoutant l’histoire de ce qui est
que vient sa propre libération. C’est la vérité qui libère, et non l’effort pour se libérer.

Extrait du livre :
Commentaires sur la vie, Tome 1 ‘Cessation de la pensée’

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