J.Krishnamurti « L’obsession »

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Pourquoi luttons-nous contre ce qui est?

krishnamurti

Il disait qu’il était obsédé par de petites choses stupides, et que ces obsessions
changeaient sans cesse. Il se tracassait au sujet de quelque imperfection physique
imaginaire, et quelques heures après il se tracassait pour un autre incident ou pour
quelque idée qui lui était venue. Il passait ainsi sa vie d’une inquiétude à l’autre d’une obsession à une autre obsession. Pour se débarrasser de ces obsessions, disait-il, il
consultait des livres, ou débattait son problème avec des amis, et il avait également
consulté un psychiatre ; mais il n’avait toujours pas trouvé la guérison. Même après
une réunion sérieuse et absorbante, ses obsessions revenaient aussitôt. S’il pouvait en
trouver la cause, cela mettrait-il fin à son tourment?

La découverte d’une cause délivre-t-elle des effets? La connaissance de la cause
détruit-elle le résultat? Nous connaissons les causes économiques et psychologiques
de la guerre, et pourtant nous encourageons la barbarie et l’autodestruction. Au fond,
ce qui nous pousse à rechercher la cause est le désir d’être débarrassé de l’effet.Ce désir est une autre forme de la résistance ou de la condamnation ; et lorsqu’il y a
condamnation, il n’y a pas compréhension.

— Alors que faut-il faire? » demandait-il.

Pourquoi l’esprit est-il dominé par ces obsessions banales et stupides? Demander
« pourquoi » ce n’est pas rechercher la cause comme une chose distincte de vous-
même ; c’est purement et simplement une façon de vous masquer le mécanisme de
votre pensée. Aussi, pourquoi l’esprit est-il occupé de ces choses? N’est-ce pas parce
qu’il est superficiel, sans profondeur, sans envergure, et par conséquent uniquement
préoccupé de ce qui l’attire?

— Oui, répondit-il, cela semble vrai ; mais pas entièrement, car je suis une per-
sonne sérieuse. »

En dehors de ces obsessions, de quoi votre esprit est-il occupé?

— De ma profession, dit-il. J’ai une situation qui comporte certaines responsabi-
lités. Toute la journée, et souvent une partie de la nuit, je pense à mes affaires. Il
m’arrive de lire, mais presque tout mon temps est consacré à ma profession. »

Aimez-vous ce que vous faites?

— Oui, mais cela ne me donne pas entièrement satisfaction. Je n’ai jamais été
pleinement satisfait de ce que je faisais, mais je ne peux pas abandonner ma situation
actuelle, car j’ai certaines obligations – et de plus je commence à me faire vieux. Ce
qui me gêne, ce sont ces obsessions, et le mécontentement croissant que j’éprouve
contre mon travail aussi bien que contre les gens. Je n’ai pas été très bon ; je suis de
plus en plus inquiet quant à l’avenir, et j’ai l’impression que je ne connaîtrai jamais la
paix. Je fais consciencieusement mon travail, mais… »

Pourquoi luttons-nous contre ce qui est? La maison que j’habite peut être
bruyante, sale, le mobilier peut être affreux et toutes les choses peuvent me paraître
terriblement laides ; mais pour diverses raisons je dois vivre ici, je ne veux pas aller
dans une autre maison. Ce n’est pas alors une question d’acceptation, mais de voir un
fait évident. Si je ne vois pas ce qui est, je me rendrai malade à cause de ce vase, de
cette chaise ou de ce tableau ; ils deviendront mes obsessions, et il y aura du mécon-
tentement contre les gens, contre mon travail, et ainsi de suite. Si je pouvais tout lais-
ser et repartir d’un autre pied, ce serait différent ; mais je ne peux pas. Il ne sert à rien
de me révolter contre ce qui est, contre le réel. La reconnaissance de ce qui est ne
conduit pas à la satisfaction béate et au bonheur. Lorsque j’accepte ce qui est, il n’y a
pas seulement compréhension de cela, mais il vient aussi une certaine tranquillité à la
surface de l’esprit. Si l’esprit n’est pas calme en surface, il se livre à toutes les obses-
sions, réelles ou imaginaires ; il se laisse entraîner dans un système de réformes so-
ciales ou à quelque impasse religieuse: le maître, le sauveur, le rituel, et ainsi de suite.
Ce n’est que lorsque la surface de l’esprit est en repos que le caché peut se révéler. Le
caché doit être exposé au grand jour ; mais cela n’est pas possible si la surface de l’es-
prit est accablée par des obsessions, des soucis. Comme la surface de l’esprit est
constamment agitée, le conflit est inévitable entre les couches supérieures et les
couches profondes de l’esprit ; et tant que ce conflit n’est pas résolu, les obsessions se
font de plus en plus fortes. En fait, les obsessions sont un moyen d’échapper à nos
conflits. Toutes les évasions se ressemblent, bien qu’il soit évident que certaines
d’entre elles sont socialement plus dangereuses. »

Lorsque l’on a pris conscience de tout le processus de l’obsession ou de tout autre
problème, alors seulement on est libéré du problème. Pour qu’il y ait cette conscience
ouverte, cette lucidité, il faut qu’il n’y ait ni condamnation ni justification du pro-
blème ; la lucidité doit être sans choix. Pour avoir cette conscience, cette lucidité, il
faut une immense patience et une profonde sensibilité ; il faut une attention qui ne se
relâche pas afin que tout le processus de la pensée puisse être observé et compris.

Extrait du livre :
CSV Tome 1, note 46 ‘L’obsession’

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