J.Krishnamurti « rien ne m’intéresse »

Poster un commentaire

La religion c’est la découverte permanente de ce mouvement, qui peut avoir n’importe quel nom, ou pas de nom du tout.

Krishnamurti que dois-je faire

Que dois-je faire ?

La pièce n’était pas très grande et les quelques personnes présentes suffisaient à la remplir. Il y avait des gens de tous les âges. Un homme âgé était venu avec sa petite fille, ainsi qu’un couple marié et un étudiant. Il était évident qu’ils ne se connaissaient pas et chacun avait hâte de parler de son propre problème, sans vouloir se mêler aux autres. La petite fille s’assit près de son père, timide et très tranquille. Elle devait avoir une dizaine d’années. Ses vêtements étaient tout propres et elle avait une fleur dans les cheveux. Nous restâmes assis un certain temps en silence. L’étudiant attendait que ses aînés prennent la parole, mais le vieil homme préférait laisser parler les autres. Le jeune homme, assez nerveux, finit par parler.

— Je termine mes études d’ingénieur mais il me semble qu’aucune carrière ne m’intéresse vraiment. Je ne sais pas ce que je veux faire Mon père, qui est avocat, veut bien que je fasse n’importe quoi, l’important étant que je fasse quelque chose. Naturellement, étant donné les études que je poursuis, il préférerait que je sois ingénieur. Mais cela ne m’intéresse pas. Je le lui ai dit mais il pense que l’intérêt se manifestera dès que je commencerai à travailler pour gagner ma vie. J’ai plusieurs camarades qui ont fait des études différentes des miennes et qui gagnent déjà leur vie. Mais la plupart d’entre eux sont déjà ennuyeux et fatigués et Dieu sait dans quel état ils seront d’ici quelques années. Je ne veux pas être comme eux – et je suis sûr que c’est ce qui m’attend si je deviens ingénieur. Ce n’est pas que je redoute les examens. Je sais que je peux les réussir, sans vouloir me vanter. Je ne veux tout simplement pas être ingénieur, mais rien d’autre ne m’intéresse. J’ai essayé d’écrire, et j’ai fait un peu de peinture, mais tout cela ne mène pas loin. Mon père ne songe qu’à me pousser vers un travail et il pourrait sans doute m’en trouver un. Mais je sais ce qui m’arriverait si j’acceptais. J’ai parfois envie de tout laisser tomber sans même passer mes examens de dernière année.

Ce qui serait un peu bête, n’est-ce pas? Vous êtes au bout de vos études, pourquoi ne pas les terminer? Cela ne peut pas faire de mal, n’est-ce pas?

— Non, sans doute. Mais que ferai-je ensuite?

En dehors des carrières habituelles, que voudriez-vous vraiment faire? Vous devez avoir un intérêt quelconque, si vague soit-il. Et tout eu fond de vous-même, vous le connaissez, n’est-ce pas?

— C’est que, voyez-vous, je ne veux pas devenir riche. Fonder une famille ne m’intéresse pas et je ne veux pas devenir l’esclave d’une routine. Presque tous mes amis travaillent pour finir leurs études ou se sont déjà lancés dans une carrière et tous passent leurs journées dans des bureaux. Et qu’en retirent-ils? Une maison, une femme, des enfants – et l’ennui. Pour moi, c’est quelque chose d’assez effrayant et je ne veux pas m’y laisser prendre. Mais je ne sais toujours pas quoi faire.

Vous avez tellement pensé à tout cela, et pourtant vous n’avez pas trouvé où était votre véritable intérêt? Qu’en pense votre mère?

— Ce que je fais lui est égal pour autant que je sois en sécurité, ce qui veut dire marié et enchaîné. Alors elle approuve mon père. Lors de mes promenades, j’ai souvent réfléchi à ce que j’aimerais faire, et j’en ai parlé avec mes amis. Mais la plupart d’entre eux ne pensent qu’à leur propre métier, et il ne sert à rien de leur parler. A partir du moment où ils décident d’un métier, quel qu’il soit, ils pensent que c’est la seule chose à faire – le devoir, les responsabilités, et tout le reste. Je ne voudrais pas me laisser prendre par un travail aussi ingrat, c’est tout. Mais ce qui m’intéresse vraiment? J’aimerais bien le savoir!

Aimez-vous les contacts humains?

— Assez vaguement. Pourquoi?

Peut-être pourriez-vous vous diriger vers les activités sociales?

— C’est étrange que vous disiez cela. J’ai pensé à me tourner vers le domaine social et pendant quelques temps j’ai fréquenté certains de ceux qui y ont consacré leur vie. En règle générale, ce sont des gens secs et frustrés, qui se préoccupent énormément des pauvres et qui ne cessent de s’activer pour tenter d’améliorer les conditions sociales, mais qui intérieurement ne sont pas heureux. Je connais une jeune femme qui donnerait n’importe quoi pour se marier et mener une vie de famille, mais c’est son idéalisme qui la détruit. Elle est prise dans l’habitude routinière des bonnes œuvres et elle est devenue horriblement joyeuse au sujet de son propre ennui. C’est de l’idéalisme sans flamme, sans la moindre joie intérieure.

J’imagine que la religion, au sens classique du ternie, ne signifie rien pour vous?

— Petit garçon, j’allais souvent au temple avec ma mère, parmi les prêtres, les prières et les cérémonies, mais il y a des années que je n’y suis plus allé.

Cela aussi devient une routine, une sensation répétée, une façon de vivre à partir de mots et d’explications. La religion est quelque chose de beaucoup plus vaste que tout cela. Avez-vous l’esprit d’aventure?

— Pas au sens habituel de ce mot – faire de l’escalade, des explorations polaires, de la plongée sous-marine, ou des choses de ce genre. Je ne joue pas les esprits supérieurs mais tout cela m’a toujours semblé plutôt enfantin. Je ne pourrais pas davantage escalader des montagnes que partir à la chasse à la baleine.

Et la politique?

— Le jeu politique ordinaire ne m’intéresse pas. J’ai quelques amis Communistes, j’ai lu une partie de leurs bouquins, et à un certain moment j’ai pensé adhérer au Parti. Mais je ne peux pas digérer leurs mensonges, leur violence et leur totalitarisme. Car c’est bien cela qu’ils représentent, quelle que soit leur idéologie officielle et leurs messages de paix. J’ai très rapidement traversé cette phase.

Nous avons éliminé un bon nombre de choses, n’est-ce pas? Si vous ne voulez rien faire de tout cela, que reste- t-il?

— Je ne sais pas. Suis-je encore trop jeune pour le savoir?

Croyez-vous que ce soit une question d’âge? Le mécontentement fait partie de l’existence, mais nous trouvons d’habitude une façon de le réduire, soit au travers d’un métier, ou par le mariage, la croyance, ou par l’idéalisme et les bonnes œuvres. D’une façon ou d’une autre, nous réussissons presque tous à étouffer cette flamme du mécontentement, n’est-ce pas? Et après cela, nous croyons enfin être heureux – et nous le sommes peut-être, au moins pour un certain temps. Mais au lieu d’étouffer cette flamme du mécontentement au moyen d’une satisfaction quelconque, est-il possible de la laisser brûler? Et s’agit-il alors du mécontentement?

— Vous voulez dire que je dois rester tel que je suis, mécontent de moi-même et de tout ce qui m’entoure, et ne pas chercher une occupation satisfaisante qui éteindrait ce feu? C’est cela?

Nous sommes mécontents parce que nous croyons que nous devons absolument être satisfaits. C’est l’idée que nous devons être en paix avec nous-mêmes qui rend le mécontentement douloureux. Vous pensez que vous devez être quelque chose, n’est-ce pas? – un individu responsable, un citoyen utile et tout le reste. La compréhension du mécontentement peut vous permettre d’être tout cela et bien davantage. Mais vous voulez faire quelque chose de satisfaisant, quelque chose qui vous occupera l’esprit et mettra fin à cette perturbation interne. N’en est-il pas ainsi?

— Si, dans un certain sens, mais je comprends maintenant sur quoi débouche une occupation de ce genre.

L’esprit occupé est un esprit terne et routinier. Il est par essence médiocre. Et du fait qu’il s’est établi dans l’habitude, la croyance, dans un train-train respectable et profitable, l’esprit se sent en sécurité, tant intérieurement qu’extérieurement. Et il cesse ainsi d’être perturbé. N’êtes- vous pas d’accord?

— C’est en général ainsi, en effet. Mais que dois-je faire?

Vous trouverez peut-être la solution si vous approfondissez cette impression de mécontentement. N’y pensez pas en termes de contentement. Essayez de découvrir sa raison d’être, et s’il doit être maintenu. En définitive, rien de particulier ne vous pousse à gagner votre vie, n’est-ce pas?

— Pour être franc, rien du tout. On peut toujours vivre en se débrouillant d’une façon ou d’une autre.

De sorte que là n’est pas votre problème. Mais vous ne voulez pas vous laisser prendre par la routine, et le cercle vicieux de la médiocrité. N’est-ce pas plutôt cela qui vous préoccupe?

— On le dirait bien, en effet.

Ne pas se laisser prendre ainsi demande beaucoup de travail, une vigilance constante, cela implique qu’on ne tire nulle conclusion à partir de laquelle s’engageraient d’autres réflexions, car penser à partir d’une conclusion n’est pas penser. C’est en fait parce que l’esprit part d’une conclusion, d’une croyance, d’une expérience, d’un savoir qu’il se fait prendre par la routine, le filet de l’habitude, et étouffe ainsi le feu du mécontentement.

— Vous avez tout à fait raison, et je comprends enfin ce qui s’est passé en moi. Je ne veux pas être semblable à ceux dont la vie n’est qu’une routine ennuyeuse, et je dis cela sans le moindre sentiment de supériorité. Se perdre dans diverses formes d’aventure est tout aussi dépourvu de sens, et je ne veux pas non plus être simplement satisfait. Je commence à regarder, même très vaguement, dans une direction dont j’ignorais jusqu’à l’existence. C’est à cette direction que vous vous êtes référé l’autre jour lors de votre conférence quand vous avez parlé de cet état, ou de ce mouvement, qui est intemporel et ne cesse jamais d’être créatif, n’est-ce pas?

Peut-être. La religion n’est pas affaire de temples, d’églises, de rituels et de croyances. C’est la découverte permanente de ce mouvement, qui peut avoir n’importe quel nom, ou pas de nom du tout.

— Je crains d’avoir dépassé le temps qui m’était imparti, dit-il en se tournant vers les autres. J’espère que vous ne m’en voudrez pas.

— Au contraire, répondit le vieil homme. J’ai pour ma part écouté très attentivement et de façon très profitable. J’ai ainsi vu autre chose que mon propre problème. En écoutant les ennuis d’autrui, nos propres fardeaux sont parfois moins lourds à porter.

Il resta quelques instants silencieux, comme s’il cherchait comment exprimer ce qu’il avait à dire.

— En ce qui me concerne, reprit-il, j’ai atteint l’âge où je ne me demande plus ce que je vais faire. Je regarde plutôt en arrière et je réfléchis à ce que j’ai fait de ma vie. J’ai fait moi aussi des études, mais je n’étais pas aussi réfléchi que notre jeune ami. Après avoir passé mes examens, je me suis mis en quête d’un travail et après l’avoir trouvé, j’ai passé les quarante années qui suivirent à gagner ma vie et celle d’une famille assez nombreuse.

Pendant toutes ces années, j’ai été pris dans cette routine du travail de bureau dont vous avez parlé, ainsi que dans les habitudes de la vie de famille, et je connais ses plaisirs et ses tribulations, ses larmes et ses joies éphémères. J’ai vieilli dans les conflits et les soucis et ces dernières années m’ont vu décliner rapidement. Considérant tout cela, je me dis maintenant « qu’as-tu fait de ta vie? En dehors de ta famille et de ton travail, qu’as-tu réalisé? »

 Le vieil homme marqua un temps d’arrêt avant de répondre à sa propre question.

— Au fil des années, j’ai adhéré à diverses associations pour l’amélioration de ceci ou de cela. J’ai appartenu à de nombreux mouvements religieux, passant sans cesse de l’un à l’autre. Et j’ai lu avec beaucoup d’espoir toute la littérature de l’extrême gauche avant de m’apercevoir que leurs organisations étaient d’un autoritarisme aussi tyrannique que celui de l’église. Maintenant que je suis à la retraite, je constate que j’ai mené une vie superficielle, en me laissant tout simplement aller. Et même si j’ai tenté de lutter contre le courant violent de la société, il a quand même fini par m’emporter. Mais ne vous méprenez pas sur le sens de mes paroles. Je ne verse pas la moindre larme sur le passé et je ne pleure pas sur ce qui a été. Je ne m’occupe que des quelques années qui me restent. Entre aujourd’hui et le jour de ma mort prochaine, comment faire pour rencontrer cette chose que l’on nomme la vie? Là est mon problème.

Ce que nous sommes est constitué par ce que nous avons été, et ce que nous avons été donne également forme au futur, sans se manifester précisément dans chacune de nos pensées et chacun de nos actes. Le présent est un mouvement du passé vers le futur.

— Quel a été mon passé? Une presque nullité. Il n’y a pas eu de grands péchés ni d’ambition démesurée, pas de douleur dévastatrice, ni de violence dégradante. Ma vie a été une vie d’homme moyen, ni chaude ni froide, son cours a été régulier, c’est-à-dire, en définitive, une vie parfaitement médiocre. Il n’y a rien dans mon passé dont je puisse être fier ou au contraire avoir honte. Toute mon existence a été vide et terne, sans beaucoup de signification. Et il en aurait été de même que je vive dans un palais ou dans une cabane. Qu’il est donc facile de tomber dans la médiocrité! Ce que je voudrais savoir, c’est s’il est possible de remonter le courant de cette médiocrité? Est-il possible de sortir de ce passé mesquin?

Qu’est-ce que le passé? Lorsque vous employez le mot « passé », quel contenu lui donnez-vous?

— Il me semble que le passé est avant tout une question d’associations et de mémoire.

Voulez-vous dire la totalité de la mémoire, ou simplement le souvenir d’incidents quotidiens? Les événements dépourvus de signification psychologique, même si on s’en souvient, ne s’enracinent pas dans l’humus mental. Ils vont et viennent, mais n’occupent ni n’alourdissent l’esprit. Seuls ceux qui ont un contenu psychologique demeurent. Qu’entendez-vous par le passé? S’agit-il d’un passé qui apparaît comme une masse immuable, dont on peut se défaire de façon nette et précise?

— C’est l’assemblage d’une multitude de petites choses qui constitue mon passé et ses racines sont superficielles. Un choc violent, ou un vent puissant, pourraient le dissiper.

Et vous attendez que ce vent souffle? Est-ce là votre problème?

— Je n’attends rien du tout. Mais dois-je continuer ainsi jusqu’à la fin de mes jours? Ne puis-je pas me libérer de mon passé?

Encore une fois, de quel passé souhaitez-vous vous libérer? Le passé est-il quelque chose de figé, ou est-il vivant? Si c’est une chose vivante, d’où lui vient cette vie? Par quels moyens parvient-il à revivre? Si c’est une chose vivante, pouvez-vous vous en libérer? Et qui est ce « vous » qui veut se libérer?

— Voilà que tout s’embrouille, se plaignit-il. J’ai posé une question très simple et vous ripostez en posant d’autres questions beaucoup plus compliquées. Auriez-vous l’amabilité de vous expliquer davantage?

Vous dites vouloir vous libérer du passé. Quel est ce passé?

— Ce sont les souvenirs et les expériences qu’on en a. Vous dites également que ces souvenirs sont superficiels

et ne sont pas profondément enracinés. Mais certains d’entre eux ne sont-ils pas profondément ancrés dans l’inconscient?

— Je ne crois pas avoir de souvenirs profondément ancrés. La tradition et la croyance ont des racines très profondes pour beaucoup de gens, mais je ne les respecte que pour des questions de convenance sociale. Elles ne jouent pas un rôle important dans ma vie.

Si l’on peut se dégager aussi facilement du passé, il n’y a pas de problème. S’il ne reste que l’enveloppe extérieure du passé, que l’on peut enlever à n’importe quel moment, c’est que vous vous en êtes déjà libéré. Mais le problème est plus compliqué que cela, n’est-ce pas? Comment allez- vous sortir de votre vie médiocre? Comment allez-vous briser la petitesse de l’esprit? Cela ne fait-il pas également partie de votre problème? Et en l’occurence, le « comment » aide ici au progrès de la recherche et n’est pas une demande de marche à suivre. C’est la pratique d’une méthode, reposant sur le désir de réussir, avec la peur et la contrainte que cela implique, qui a suscité cette petitesse d’esprit.

— Je suis venu dans l’intention de liquider mon passé qui n’a pas grande signification et me voilà confronté à un autre problème.

Pourquoi dire que votre passé n’a pas grande signification?

— J’ai flotté à la surface de la vie, et lorsque vous vous laissez aller ainsi vous ne pouvez avoir de racines profondes, même avec votre famille. Il m’apparaît que la vie n’a pas signifié grand-chose pour moi, je n’en ai rien fait. Il ne me reste plus que quelques années, et je veux cesser de me laisser aller. Je veux faire quelque chose de ce qui reste de ma vie. Est-ce possible?

Que voulez-vous faire de votre vie? Le modèle de ce que vous voulez être n’est-il pas issu de ce que vous avez: été? Ce modèle, de toute évidence, est une réaction à ce qui a été, c’est le produit du passé.

— Mais comment faire quelque chose de ma vie?

Qu’entendez-vous par la vie? Pouvez-vous avoir une ;

action sur elle? Ou bien la vie est-elle imprévisible et ne peut-elle se réduire aux limites de l’esprit? La vie est un tout, n’est-ce pas? La jalousie, la vanité, l’inspiration et le désespoir ; la moralité sociale, et la vertu qui est hors du royaume de la rectitude cultivée ; le savoir accumulé au cours des siècles, le caractère, qui est la rencontre du passé et du présent ; les croyances organisées que l’on appelle religions, et la vérité qui se trouve au-delà ; la haine et l’affection ; l’amour et la compassion qui ne sont pas de l’ordre de l’esprit – la vie, c’est tout cela et bien davantage, n’est-ce pas? Et vous voulez en faire quelque chose, vous voulez lui donner une forme, un sens, une direction. Mais quel est donc ce « vous » qui veut effectuer tout cela? Etes-vous différent de ce que vous voulez changer?

— Cela implique-t-il qu’on doive se laisser aller?

Lorsque vous voulez diriger et donner forme à la vie,

c’est selon un modèle qui est fonction du passé. Ou alors, étant incapable de cette modification, vous vous laissez flotter par réaction. Mais la compréhension de la totalité de la vie porte en soi sa propre action, dans laquelle n’entre ni le fait de se laisser aller, ni celui d’imposer un modèle. Cette totalité doit être comprise d’instant en instant, sans cesse. Il faut que sonne le glas du moment passé.

— Mais suis-je capable de comprendre la totalité de la vie? demanda-t-il avec anxiété.

Si vous ne la comprenez pas, personne ne la comprendra à votre place. Cette compréhension ne se transmet pas.

— Comment m’y prendrai-je?

Au travers de la connaissance de soi ; car la totalité, le trésor tout entier de la vie est également en vous.

— Mais qu’est-ce exactement que la connaissance de soi?

C’est la perception de la façon dont fonctionne votre propre esprit ; c’est l’étude de vos besoins, de vos désirs, de vos appétits et de vos quêtes, qu’ils soient cachés ou évidents. On n’apprend pas lorsqu’on accumule un savoir. Avec la connaissance de soi, l’esprit est suffisamment libre pour être immobile. Et ce n’est qu’alors qu’entre en existence ce qui est au-delà de la mesure de l’esprit.

Le couple marié n’avait pas cessé d’écouter. Ils attendaient leur tour, sans interrompre, et le mari finit par prendre la parole.

— Notre problème était celui de la jalousie, mais après avoir écouté tout ce qui a été dit, je crois que nous pourrons le résoudre. Nous avons peut-être plus appris en écoutant en silence qu’en posant des questions.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s